Le Milan royal est classé Vulnérable (VU) sur la liste rouge de l’UICN (2016). Rapace autrefois abondant, la population nicheuse nationale a connu une baisse de ses effectifs entre 2002 et 2008 (diminution significative de 39% du nombre de couples par carré d’observation). Historiquement, depuis le 19ème siècle, l’espèce subit l’impact volontaire ou non des activités humaines, qui est à l’origine de 40 % de sa mortalité en France. Aujourd’hui, les causes de mortalités sont mieux connues ce qui permet de comprendre et d’estimer l’impact des différentes menaces. Bien que l’on observe une augmentation du nombre total de couples sur le territoire depuis 2008, le Milan royal subit encore de nombreuses pressions anthropiques compromettant sa survie.
Pourquoi le Milan royal est-il menacé ?
Des relations toxiques
Étant donné son comportement alimentaire, le Milan royal pâtit de l’utilisation de produits toxiques utilisés de manière potentiellement malveillante. Certains individus utilisent des appâts empoisonnés pour intoxiquer les prédateurs comme le renard, la martre ou les rapaces jugés nuisibles. Le produit le plus utilisé, le carbofuran, pourtant interdit depuis 2008, tue en quelques minutes l’animal qui l’ingère.
Par ailleurs, le Milan royal est particulièrement sujet à l’ingestion indirecte non ciblée de produits toxiques. Les anticoagulants (majoritairement le brodifacoum) sont utilisés pour limiter le développement des « ravageurs » (comme le campagnol) dans les productions agricoles. Ces produits se retrouvent par bioaccumulation dans les prédateurs de ces ravageurs, et provoquent des effets sublétaux compromettant leurs capacités de survie. Les suivis par télémétrie soulignent que les morts par collision et par prédation sont probablement favorisées par l’ingestion indirecte de produits anticoagulants, augmentant la vulnérabilité du Milan royal. Entre 2023 et 2025, plus de 90% des milans royaux analysés étaient positifs à au moins 1 produit anticoagulant…
Enfin, on a pu noter des cas d’intoxication du Milan royal au plomb, causant le saturnisme, suite à la consommation d’animaux tués par la chasse en France, mais aussi en Allemagne et en Espagne. Ils restent toutefois moins fréquents chez le Milan que chez les vautours par exemple.
Stop à l’empoisonnement de la faune sauvage – Programme EUROKITE
Accidents de haut voltage
En plus de représenter un risque de collision, les lignes électriques sont une source d’électrocution.
Accidents de haute voltige
Les suivis récents ont permis de mettre en évidence l’importance des collisions (notamment avec les éoliennes) dans la mortalité du Milan royal, surtout en période de migration. Les couples nichant à proximité de parc éoliens y sont logiquement particulièrement exposés.
En France, il s’agit de la deuxième cause de mortalité d’origine humaine la plus observée chez l’espèce. Des résultats à nuancer toutefois, car les centrales éoliennes sont aussi des zones particulièrement prospectées.
Les collisions avec des véhicules constituent aussi une importante cause de mortalité. Les axes routiers et les voies de chemin de fer sont des zones d’alimentation d’intérêt pour l’opportuniste qu’est le Milan royal à cause des animaux percutés qu’elles génèrent, et le risque d’être percuté à son tour est donc grand, particulièrement lorsque sa vigilance est déjà réduite par des produits comme les anticoagulants.


Diminution et dégradation de l’habitat
La réduction des surfaces d’habitats favorables au Milan royal est origine importante de son déclin. En cause, le remplacement des milieux prairiaux et bocagers au profit de monocultures de production céréalière.
Cette diminution de l’habitat est accompagnée d’une détérioration de sa qualité. Cela se traduit par des ressources alimentaires plus rares et moins accessibles pour le Milan royal. En parallèle, la disparition progressive des décharges à ciel ouvert (bien que souhaitable) provoque la disparition d’une ressource alimentaire facile, notamment pour la population hivernante.
Cette problématique soulève l’intérêt de travailler avec les agriculteurs et de mieux valoriser les services que l’espèce apporte aux humains.
Destruction directe et dérangement
Les rapaces étant encore mal vus par certains ou perçus comme des concurrents par les chasseurs, la destruction directe de ces oiseaux est encore malheureusement trop fréquente. Ainsi, le Milan royal, au vol lent et à basse altitude, est une cible facile, d’autant plus qu’il fréquente des milieux proches de l’humain : prairies agricoles, hameaux, etc.
Cette même proximité favorise le dérangement de l’espèce par diverses activités humaines : travaux agricoles, exploitations forestières, sports motorisés, randonneurs, etc. Ces perturbations régulières peuvent conduire à un échec de reproduction, particulièrement néfaste pour l’effectif de l’espèce.

